Soit M une variété compacte orientée de dimension n et soit
f:M⟶M
une application différentiable.
On note
Δ={(x,x);x∈M}
la diagonale de M×M, et
Γ={(x,f(x));x∈M}
le graphe de f.
On note également
π:M×M⟶M,π(x,y)=x,
la projection sur le premier facteur, et
ρ:M×M⟶M,ρ(x,y)=y,
la projection sur le second facteur.
L'objectif de l'exercice est de relier l'intersection de Δ et
Γ aux points fixes de f, puis d'exprimer cette intersection en
termes cohomologiques afin d'obtenir la formule de Lefschetz.
1. Diagonale, graphe et points fixes
Montrer que Δ et Γ sont des sous-variétés compactes orientées
de M×M et préciser leur dimension.
Soit
p∈Δ∩Γ.
Donner une condition portant sur
det(dpf−Id)
pour que Δ et Γ se coupent transversalement en p.
Montrer que si
Δ⋔Γ,
alors l'ensemble des points fixes
Fix(f)={x∈M;f(x)=x}
est fini.
2. Dual de Poincaré de la diagonale
Montrer qu'il existe une unique classe
ω∈Hn(M×M)
telle que, pour toute classe
η∈Hn(M×M),
on ait
∫Δη=∫M×Mη∧ω.
La classe ω est appelée le dual de Poincaré de Δ et est notée
PD(Δ).
De même, on note
PD(Γ)∈Hn(M×M)
le dual de Poincaré du graphe Γ.
Pour chaque i=0,…,n, on fixe une base
{ω1i,…,ωnii}
de Hi(M), où
ni=dimHi(M).
3. Bases duales pour l'accouplement de Poincaré
Montrer que, pour chaque i=0,…,n, il existe une base
{τ1n−i,…,τnin−i}
de Hn−i(M) telle que
∫Mωki∧τln−i=δkl,
où
δkl={10si k=l,si k=l.
4. Décomposition des duaux de Poincaré
À l'aide de la formule de Künneth, montrer qu'il existe des réels
cik,l et dik,l tels que
PD(Δ)=i=0∑nk,l∑cik,lπ∗ωki∧ρ∗τln−i,
et
PD(Γ)=i=0∑nk,l∑dik,lπ∗ωki∧ρ∗τln−i.
Déterminer ensuite explicitement les coefficients cik,l et
dik,l.
5. Calcul des coefficients de PD(Δ)
Montrer que
∫Δπ∗τrn−j∧ρ∗ωsj=∫Mτrn−j∧ωsj.
En déduire une expression de
∫Δπ∗τrn−j∧ρ∗ωsj
en fonction de δrs.
En utilisant ensuite la définition du dual de Poincaré,
∫Δπ∗τrn−j∧ρ∗ωsj=∫M×Mπ∗τrn−j∧ρ∗ωsj∧PD(Δ),
exprimer le membre de droite en fonction des coefficients
cjr,s.
En déduire la valeur des coefficients cjr,s.
6. Calcul des coefficients de PD(Γ)
Montrer que
∫Γπ∗τrn−j∧ρ∗ωsj=∫Mτrn−j∧f∗ωsj.
Notons
Aj=(Ajr,s)
la matrice de l'application linéaire induite en cohomologie
f∗:Hj(M)⟶Hj(M)
dans la base choisie.
Exprimer
∫Γπ∗τrn−j∧ρ∗ωsj
en fonction des coefficients Ajr,s.
En utilisant la définition de PD(Γ), exprimer également cette
intégrale en fonction des coefficients djr,s.
En déduire les coefficients djr,s en fonction des coefficients de
la matrice de f∗.
7. Formule de Lefschetz
Déduire des questions précédentes que
∫ΔPD(Γ)=i=0∑n(−1)itr(f∗∣Hi(M)).
La quantité
L(f)=i=0∑n(−1)itr(f∗∣Hi(M))
est appelée le nombre de Lefschetz de f.
8. Application aux points fixes
Supposons maintenant que f n'ait aucun point fixe.
Calculer
i=0∑n(−1)itr(f∗∣Hi(M)).
En déduire la contraposée classique du théorème de Lefschetz :
L(f)=0⟹f posseˋde au moins un point fixe.